Document sans nom
Lettre au public
Une magnifique saison s’achève éclairée de moments particulièrement exaltants. Les Vivants et les Morts du tandem Mordillat-Bouffier, Vers toi, terre promise d’un autre tandem Grumberg-Tordjman, le diptyqueShakespeare Lear-Richard, les si touchantes Conversations avec ma mère (Didier Bezace et Isabelle Sadoyan), les Romans où la troupe du Théâtre des Treize Vents a donné sa pleine mesure, en ont été, entre autres, des temps très forts. L’édition “historique” de Saperlipopette, voilà Enfantillages ! qui a accueilli 22 000 spectateurs en quatre jours euphorisants au domaine d’O et essaimé dans trente villes de l’Agglomération et du Département, a marqué les esprits. Le succès incontestable de la première édition du festival HYBRIDES initié par Julien Bouffier est plein de promesses d’avenir. C’est pour tout cela que j’ai le coeur battant quand je vous écris cette lettre, ce message d’amour et d’amitié.
Je quitterai le Théâtre des Treize Vents après treize saisons remplies du bonheur jamais démenti de votre présence, de votre complicité, de votre chaleur, de votre enthousiasme.
Vous avez été mes inspirateurs, mes muses. Vous m’avez fait partager avec vous une telle soif de sensations vraies, de sincérité, un tel goût du risque, de l’aventure artistique, un tel désir d’aller à la rencontre que l’artiste en moi en a été transfiguré. Vous avez fait de moi un meilleur artiste, un meilleur homme.
Ces pierres précieuses, rien ni personne ne pourra en ternir l’éclat.
Mais voilà, cette belle histoire prend fin, comme toute chose. Chaque artisan du théâtre a choisi cet art pour son caractère éphémère et fragile. C’est cette précarité que nous avons aimée. Nous ne pouvons nous en plaindre. Nous avons choisi d’être en permanence confrontés aux jugements, aux goûts, aux modes de chacun et de tous (publics, pairs, médias et politiques). C’est notre vulnérabilité voulue. C’est notre force aussi.
La saison 2009-2010 sera donc notre dernière danse. J’ai essayé d’en faire un feu d’artifice, une fête des coeurs et des esprits.
Il y aura de grands textes classiques (Shakespeare bien sûr, mais aussi Racine, Labiche, Calderón), de grands auteurs du vingtième siècle (Duras, Koltès, Pessoa, Guy Debord, Camus) et des auteurs contemporains à découvrir ou à continuer de suivre dans leur cheminement (Aubert, De Vos, Celestini). Il y aura de grandes figures du théâtre français comme Tordjman, Régy, Jean-Quentin Châtelain, Jeanne Balibar, Giovanna Marini (qui est italienne…), Stanislas Nordey, Francine Bergé, Adel Hakim, etc… De jeunes gens enthousiastes comme Renaud Marie Leblanc, Christophe Perton, Olivier Werner, David Ayala, Frédéric Borie, William Mesguich, Aurélien Bory et tant d’autres. Il y aura la troupe du Théâtre des Treize Vents qui vous fera ses adieux, la Compagnie de Julien Bouffier Adesso e Sempre pour sa dernière année de résidence.Tant de rendez-vous où nous nous croiserons, où nous nous parlerons, où nous partagerons émotions et réflexions. Tant d’occasions de rire ou de pleurer ou de penser ensemble à l’état de ce monde “à l’envers” comme dit Shakespeare. Tant de moments où je pourrai vous saluer et vous remercier de tout ce que vous m’avez donné. Mais je suis sûr que dès après cet au revoir il y aura des retrouvailles sur d’autres planches ou ici même.
Amicales embrassades,
Jean-Claude Fall